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Mot de la Présidente

Pourquoi une fondation pour le développement et l’autonomie des femmes africaine? | Pourquoi une Fondation au nom de Madeleine-Sanam?

Pourquoi une fondation pour le développement et l’autonomie des femmes africaine?


Les femmes ont le pouvoir de donner la vie et d’influencer le développement de la personnalité de leur (s) enfant (s) bien longtemps avant qu’il n’atteigne l’âge du développement social et adopte leur mode de vie personnel. La majorité d’enfants africains sont éduqués par leurs mères en raison de l’absence des pères à 80 pour cent dans leur développement personnel et intellectuel. Les femmes africaines ont donc un rôle clef quant aux modèles qu’elles projettent et aux rôles qu’elles peuvent jouer auprès de leur(s) enfant(s).

Je suis parmi les milliers d’enfants d’origine africaine qui a eu le privilège d’être élevée par deux puissantes femmes; ma mère et ma grand-mère, et qui, inconsciemment, m’ont servi de modèle tout au long de mon développement. Au fil des années, j’ai assimilé et reproduit leurs attitudes. J’ai copié leurs rôles en jouant à l’infirmière, la maîtresse d’école, l’agricultrice, la commerçante, ensuite, j’ai suivi ma propre voie. À huit ans, je vendais déjà du lait en poudre à la cuillerée, à mes camarades de classes, et des bonbons que je détaillais à raison de 5 francs (1 cents) le bonbon et ce, pendant la récréation. Je donnais les friandises à crédit à ceux qui ne pouvaient pas me les payer du coup. À l’âge de 14 ans, j’avais cultivé déjà un jardin de maïs et d’arachides et vendu par la suite le fruit de ma récolte au marché, aux côtés de ma grand-mère pour lui prouver mon indépendance.

À l’adolescence, l’esprit altruiste de ma sœur était (aussi) plus développé que le mien. Ma sœur distribuait des pilules contraceptives, gratuitement à nos camarades plus démunies et trop jeunes pour s’en en procurer dans les pharmacies.

Notre statut socio-économique na pas été un facteur prédominent dans nos actions, mercantiles ou altruistes, mais plutôt des comportements copiés sur ceux de notre mère et grand-mère.

Avec la maturité sociale, j’ai commencé à me frayer mon propre chemin. Mon premier stage d’été rémunéré dans une société d’état, dès l’âge de 15 ans, démontrait que la route vers l’indépendance était bel et bien amorcée. Il n’y pas de doute que ma grand-mère Marthe avait eu une grande influence dans cette transition. Cette dernière m’a souvent répété « La mendicité crée la dépendance et la clef du succès c’est l’école et le travail ». Consciente de l’effet de fierté que mon tout premier chèque de paie eut sur moi, j’avais offert à ma mère un précieux cadeau, en guise de remerciement. En retour, elle avait tenu à me rappeler que l’école était loin d’être finie. Tandis que je reprenais la route de l’école après mon stage d’été, ma grand-mère en fin carrière, retournait aussi sur les bancs d’école à 55 ans pour apprendre à écrire et à lire en français. Quant à ma sœur Madeleine âgée de 19 ans, son esprit philanthrope envers les membres de la communauté prenait son élan.

Pourquoi une Fondation au nom de Madeleine-Sanam?

Tout au long de ma carrière de journaliste, j’ai eu le privilège de rencontrer plusieurs femmes provenant de diverses souches sociales en Afrique. J’ai été touchée par l’esprit de survie de ces femmes et leur désir d’entreprenariat. Les femmes africaines en milieu rural que j'ai rencontrées m'ont exprimé un besoin de rentabiliser leur productivité agricole. Un des éléments omniprésents dans nos échanges était l'urgent besoin d’obtenir une aide financière ponctuelle pour ainsi subvenir à leur besoin immédiat. Impuissante devant ces demandes un peu démesurées, J’ai alors analysé leur situation sociale et tous les facteurs socio-économiques et culturels qui les gardaient dans ce cercle vicieux de la pauvreté. Comment ces femmes pouvaient-elle lever les barrières sociales qui les empêchent d’atteindre le bien-être?

À mon retour au Canada, j’ai longuement réfléchi sur des stratégies à long termes pouvant aider ces femmes à atteindre une indépendance économique et une stabilité financière afin de contrôler leur santé. La réponse aux solutions n’était pas aussi simple que ça.

J’ai alors pensé à une autre femme qui a fait partie de mon éducation, ma grand-mère Marthe. Si ma grand-mère issue d’un milieu rural est retournée à l’école « sous-l'arbre » (1) dans la cinquantaine pour apprendre à écrire et lire en français, malgré les barrières sociales, ces femmes peuvent en faire autant.

Et pour mieux illustrer cette autonomie, j’ai pensé à créer une Fondation afin de dispenser des programmes d’entreprenariat, d’éducation et de prévention en maladie sexuellement transmissibles, conçus et adaptés aux besoins spécifique de ces femmes. Et pour mieux incarner la Fondation, il fallait m’inspirer des femmes qui ont marqué mon développement; ma grand-mère symbole de force et d’intelligence, ma mère symbole de pouvoir et détermination ma sœur symbole de compassion et de liberté. Elles m’ont toutes inspirés à leur façon, cependant, Madeleine, ma sœur restera celle qui m’aura le plus marquée par sa philanthropie innée et son décès prématuré.

La Fondation Madeleine Sanam a vu ainsi le jour le 28 avril 1999 pour répondre aux besoins des femmes africaines démunies en milieu rural à se développer sur tous les plans et atteindre l’autonomie.

— Chantal Londji Dang, Présidente